Coup d’oeil sur la malédiction du savoir, le biais cognitif du formateur

Fév 18, 2021 | Conseil formateur

Autrement appelée malédiction de la connaissance, la malédiction du savoir est un biais cognitif qui intervient lorsqu’une personne délivre une information à une autre personne tout en considérant (souvent à tort) que cette personne possède les mêmes connaissances que lui.

 

Avant d’aller plus loin…

Avant d’explorer le concept de malédiction du savoir, posez-vous ces 3 questions simples :

  • en tant qu’apprenant êtes-vous déjà resté figé devant un cours en vous disant : “Waouh il me parle martien…
  • en tant que formateur.trice avez-vous déjà eu du mal à transmettre une notion parce que le vocabulaire que vous aviez employé nécessitait déjà un premier niveau de savoir ?
  • en tant que formateur.trice , vous êtes-vous déjà senti démuni.e face à l’incompréhension de votre apprenant et face à votre propre capacité à vous (re)mettre à sa place ?

 

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul.e !

Ce concept énoncé pour la première fois par Robin Hogarth en 1986 (Curse of knowledge) adresse la difficulté d’une personne ayant acquis un savoir “de faire marche arrière”, c’est-à-dire, de se souvenir de son état avant de savoir. Prenons un exemple concret, le fameux “Où est Charlie ?”, tant que vous ne savez pas où Charlie se cache, il semble totalement absent et impossible à trouver. Une fois que vous l’avez trouvé, il devient difficile d’imaginer combien il est invisible pour les autres et ça en devient parfois même frustrant.

illustration ou est charlie malediction du savoir

 

La formation et l’éducation, les deux grandes victimes

”Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants… Mais peu d’entre elles s’en souviennent.” Antoine de Saint Exupéry. Ainsi vous l’aurez compris, il est particulièrement difficile de se souvenir des difficultés que l’on a rencontrées avant de maîtriser un sujet ou un outil. Sans pouvoir se mettre à la place de l’apprenant, il est compliqué pour le formateur d’accompagner de façon optimale, d’alerter ou d’indiquer certains éléments importants pour l’apprenant.

Faisons une expérience, imaginons que vous n’ayez plus Internet sur votre ordinateur et que vous souhaitiez régler le problème.
Voici ci-dessous, une partie d’un tutoriel trouvé en faisant une recherche rapide :

Entre 0 et 5, quelle note donneriez-vous à la compréhension de cette partie du tutoriel ? Personnellement je donnerais 4/5 !

Voici maintenant une autre partie du même tutoriel :

Entre 0 et 5, quelle note donneriez-vous à la compréhension de cette partie du tutoriel ? Personnellement je donnerais 2/5 !

Maintenant, posons-nous quelques questions sur la réponse apportée :
En considérant la question “J’ai un problème de connexion Internet, comment régler le problème ?”, peut-on deviner le niveau de l’apprenant ?

  • Si oui, peut-on considérer que la réponse est adaptée au niveau sous-entendu de l’apprenant ?
  • Si non, peut-on considérer que la réponse est adaptée à tous les niveaux ?
  • A-t-on répondu à la question ? La réponse est-elle satisfaisante ?

En fonction des notes que vous avez attribuées plus haut, auriez-vous donné la même note si vous étiez une personne de 12 ans ou de 70 ans ? Tant de questions auxquelles nous allons essayer de répondre.

 

La formation au service de l’apprenant

Sachez que vous ne pourrez pas passer outre cette malédiction. Il va donc falloir travailler en ayant conscience de ce biais cognitif. Nous vous proposons quelques bonnes pratiques à mettre en place pour limiter ses effets.

  • Indiquez les pré-requis nécessaires. Vous créez un contenu dont le niveau n’est pas débutant, indiquez les connaissances nécessaires pour suivre le parcours dans de bonnes conditions.
  • Adaptez le vocabulaire et le niveau de la formation à votre cible apprenante. Vos apprenants ne peuvent pas se concentrer sur le vocabulaire et les éléments à apprendre. Ainsi, prenez l’habitude de lier une expression connue au nouveau concept.
    Exemple : La plateforme aussi appelée le Mission Center, le Mission Center (la plateforme, le back office)…
    Si la population apprenante est hétérogène, optez pour le combo :
    • lexique
    • rappel des bases
    • lien vers une formation annexe
      Exemple : pour ce parcours vous devez maîtriser les notions d’adresse IP, de VPN… Si vous ne maîtrisez pas ces sujets, nous vous invitons à suivre le parcours “débuter en informatique”.
  • Faites tester vos contenus par un échantillon de la population. L’essentiel étant de tester sur une population qui possède le même niveau de compétence que la cible. Récupérez les retours de cette cible et ne jugez pas leurs feedbacks, rappelez-vous, la malédiction du savoir biaise votre appréciation.

Grâce à ces différents éléments vos apprenants n’ouvriront que du contenu pertinent tandis que vos taux de complétion et de fidélisation seront boostés. De même, le maillage entre les différents niveaux de formation mettra en avant d’autres parcours pour toujours plus de fluidité.

Concrètement dans une formation sur Teach on Mars:

  • vous étoffez la description de votre formation avec les objectifs et les prérequis
  • vous utilisez la Toolbox pour insérer un lexique en annexe de votre parcours
  • vous utilisez un Mobile Course en début de parcours pour revoir les bases ou vous insérez dans vos activités une carte de rappel.
  • vous indiquez à la fin d’un parcours un lien (activité Weblink) vers une formation d’un niveau plus élevé ou d’une thématique liée